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Le Cuirassé Potemkine de Eisenstein

 


Il n’est jamais facile pour un spectateur de notre époque, habitué à des effets spéciaux de plus en plus bluffant, de regarder un film « préhistorique » de 1925, muet et en noir et blanc, même quand celui-ci est considéré comme un chef-d’œuvre. Ce n’est donc pas sans une certaine appréhension que j’ai visionné le Cuirassé Potemkine de Eisenstein, acheté pour 10 euros en supplément d’un grand quotidien national.



Le film retrace la révolte des marins d’un cuirassé dans la rade d’Odessa en 1905 durant la Révolution de février.  Film de propagande à la gloire de l’Union soviétique, mettant en avant le processus de soulèvement des masses,  le Cuirassé Potemkine est un témoignage historique essentiel sur l’art mis au service d’un régime, comparable sur ce point, au film documentaire de Leni Riefenstahl sur les Jeux Olympiques de Berlin de 1936 : Les Dieux du stade.



Mais c’est surtout un film extraordinaire du point de vue cinématographique. Le montage, très rythmé, donne un caractère haletant au film avec comme point d’orgue  la célèbre scène du massacre de l’escalier d’Odessa. La photographie est magnifique, notamment les jeux de reflets, d’ombres et de lumières dans les scènes marines entre l’eau, les navires et le soleil.



La musique, enfin, accompagne merveilleusement l’action.



Plus de 80 ans après sa création le Cuirassé Potemkine est un film qui a gardé toute sa force.


 


Pour visionner gratuitement le film cliquez ici




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23 Fév 2008

Mise au point sur le Che



Le 40ème anniversaire de la mort de Che Guevara donne lieu à d’un déferlement médiatique et à une opération de dévoiement sans précédent. Depuis quinze jours, aucun qualificatif ne lui a en effet été épargné : « monstre assoiffé de sang », « bourreau », « tyran » : les médias « dominants » (TF1, France 2, Le Figaro, L’Express) s’en donne à cœur joie par l’intermédiaire « d’anciens compagnons du Che » ( qui sont le plus souvent d’anciens soutiens de la dictature de Batista ) ou « d’historiens » afin que plus aucun parent ne laisse son fille ou son fils afficher un portrait de Guevara dans sa chambre.

Que lui est-il exactement reproché ? Prenons par exemple cet extrait d’article de Figaro, le comparant à Robespierre et au démon : il avait été à Cuba le chien de garde de Fidel Castro. L'exécuteur de ses basses oeuvres. Il avait des centaines de morts sur la conscience. Il avait été « le boucher de Cabana », la prison de La Havane, avant d'être métamorphosé en martyr désarmé. L'homme fumait ses havanes en assistant aux exécutions de ses victimes, en compagnie d'invités. « N'utilisez pas les méthodes bourgeoises légales. Les preuves sont secondaires », ordonne-t-il.

Ne nous attardons pas sur le prétendu comportement de « l’ange exterminateur » pendant les exécutions : ses allégations, qui jouent sur le pathos sont en effet invérifiables. Le fond de la question est plus intéressant : Guevara a-t-il ordonné des exécutions ? Oui. Cela est-il excusable ? Non. Cela est-il explicable ? Oui.

C’est bien là le problème de ces articles faisant de Guevara un boucher guidé par des pulsions destructrices : il n’est fait à aucun moment référence au contexte historique. Rappelons qu’au moment des faits qui lui sont reprochés, Guevara et la Guérilla cubaine viennent de renverser le dictateur Batista soutenu par les Usa. Ces derniers, voyant leurs intérêts menacés dans la région, vont financer et armer la guérilla anti-castriste qui tente le 17 avril 1961 de renverser le pouvoir mais se fait écraser à la Baie des Cochons. On comprend mieux alors pourquoi dans cette période, le pouvoir révolutionnaire a eu recours à des exécutions et à des tribunaux d’exception : afin d’éliminer les « ennemis de l’intérieur » soutenus par les américains. Ces mesures (qui ont sans doute coûtées la vie à des innocents) étaient sans doute nécessaires pour protéger la Révolution contre l’impérialisme des Etats-Unis.

Il est troublant de constater que le même procès est fait par les mêmes personnes à la Terreur et Robespierre durant la Révolution française : là aussi, les « bien-pensants » font souvent fi du contexte historique, celui d’une France luttant seule contre toutes les monarchies d’Europe. Est-il possible d’affirmer aujourd’hui que nous serions en République si la Terreur n’avait pas eu lieu ?

Pourquoi ces gens ne dénoncent-ils pas aussi par exemple les exécutions de soldats français « mutins » durant la Première Guerre Mondiale (Je vous conseille à ce sujet l’excellent film de Kubrick, longtemps interdit en France : Les Sentiers de la Gloire) ? Sans doute qu’ici la sauvegarde de la République rendait nécessaire à leurs yeux l’utilisation de tels procédés : deux poids, deux mesures.

Pour en venir au fond du problème, ce qui dérange les élites dans le personnages du Che, c’est son pouvoir de subversion encore intact. Besancenot n’a-t-il pas raison quand il affirme qu’un jeune portant un Tee-shirt de Guevara par mode peut un jour s’intéresser au personnage et à ses idées puis en partager quelques-unes ?

Dans une époque où il n’est pas de bon ton de se dire de gauche et de vouloir changer le monde, le Che est encore une étincelle qui ne demande qu’à s’enflammer.
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10 Oct 2007

Les droites françaises des années 30 sont-elles fascistes ?

             La polémique commence en 1954, date de la parution du traité de René Rémond, La droite en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité politique, qu’il reprend en 1982 sous le titre Les droites en France[1]. L’historien classifie les droites françaises en trois grandes familles, bonapartistes, légitimistes et orléanistes. Il s’oppose en cela notamment à Zeev Sternhell pour qui, il existe en France une variante française de fascisme dont il voit les prémisses dans le boulangisme et l’affaire Dreyfus, la naissance dans les années 20, le prolongement dans les années 30 et le couronnement sous le régime de Vichy. Selon René Rémond, cette interprétation vient d’un contresens : la gauche française des années 30 aurait rejeté tous ces adversaires dans le camp fasciste : « les marxistes en particulier ne pouvaient faire autrement qu’assimiler droite et fascisme : le fascisme n’était que la dernière invention de la bourgeoisie capitaliste pour perpétuer sa domination menacée par la montée des forces ouvrières ».[2]Ce débat pose la question de la nature du fascisme. Celle de Zeev Sternhell est large : « Les mouvements fascistes […] participent d’une même généalogie : une révolte contre la démocratie libérale et la société bourgeoise, un refus absolu d’accepter les conclusions inhérentes à la vision du monde, à l’explication des phénomènes sociaux et des relations humaines de tous les systèmes de pensée dit « matérialistes ». La poussée du fascisme apparaît comme une des excroissances de la crise du marxisme et de la crise du libéralisme, comme une des conséquences des énormes difficultés que rencontrent aussi bien le marxisme que la démocratie libérale, face aux réalités du XXe siècle.»[3]En revanche, pour René Rémond, « l’appellation doit être réservée au régime sous lequel l’Italie a vécu entre 1922 et 1943 […]. A la limite, la notion de fascisme en est venue à désigner tous les mouvements et les régimes qui compriment les libertés et asservissent les citoyens à la tyrannie du pouvoir, quelle que soit l’inspiration de celui-ci. C’est ainsi que le régime de l’Union soviétique a pu être qualifié de fasciste. Fasciste est alors synonyme de totalitaire et la notion finit par se confondre avec celle d’autorité et de réaction. »[4]Face à la définition sans doute trop vague de Sternhell, et à celle trop étroite de Rémond, nous optons pour celle donnée par Berstein dans un article de 1984[5]. Celle-ci repose en effet sur des critères précis : l’irruption des masses dans le jeu politique, le rôle de la guerre, la recherche d’une « troisième voie », le totalitarisme dans la pratique du pouvoir. On peut donc, selon Bernstein, déceler en France « les germes du fascisme », notamment chez des intellectuels comme Brasillach ou Drieu La Rochelle. Mais dans sa grande majorité, les droites françaises n’ont pas été « contaminées » à cause de l’implantation ancienne de la démocratie française.Philippe Burrin considère que le fascisme français dans les années 30 a « parasité » la droite et précise « que le phénomène n’eut dans son cas qu’une importance limitée, un peu comme si le parti nazi n’avait fait autre chose que ses 2,6 % des années 1928 »[6]. Les raisons de cet échec seraient : « l’enracinement de la démocratie, en particulier dans les classes moyennes, l’existence de traditions de droite bien implantées, la réaction unitaire de la gauche, enfin un état de la mentalité collective fait de conservatisme et de pacifisme. »[7]Les droites des années 30 ne peuvent donc, dans leur immense majorité, être considérées comme fascistes.


[1] René Rémond, Les droites en France, Paris, 1982
[2] Ibid. p. 197
[3] Zeev Sternhell, Ni droite ni gauche, l’idéologie fasciste en France, Paris, 1983, p. 56

[4] R. Rémond, Les droites […], p. 199

[5] Serge, Berstein « La France des années 30 allergique au fascisme », Vingtième Siècle, Revue d’Histoire, 2, avril-juin 1984
[6] Philippe Burrin, « Le fascisme » dans Sirinelli Jean-François (dir.), Histoire des droites en France, 1. Politique, Paris, 2006, p. 644
[7] Ibid., p. 655
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27 Aoû 2007

La Guerre d'Espagne est-elle finie ?

Il y a 70 ans, le 17 juillet 1936, débutait la Guerre Civile d’Espagne qui devait durer trois ans. Cet épisode de l’Histoire n’a depuis jamais cessé de déchaîner les passions et les controverses. Nazisme, fascisme, stalinisme mais aussi Front Populaire, résistance et révolution : la Guerre D’Espagne est un condensé des affrontements idéologiques du XXème siècle. C’est aussi à bien des égards un conflit qui va chercher ses racines dans la singularité des structures de l’Espagne.



Au XIXe siècle, un mouvement révolutionnaire, mené notamment par Simon Bolivar, libère l’Amérique du Sud. L’Espagne perd son empire colonial dont elle tirait son prestige et surtout ses revenus. Au début du XXe siècle, ce pays n’est plus qu’une puissance de second plan, en retard industriellement et qui vit de l’agriculture. Il existe une énorme disparité entre les riches propriétaires fonciers et la grande foule des petits paysans : 2/3 des terres appartiennent en effet à 2% de privilégiés. Un prolétariat industriel existe aussi pour l’essentiel en Catalogne et en Asturies autour des grandes villes. Deux centrales syndicales émergent : L’UGT (Union Générale des Travailleurs) à l’idéologie socialiste et la CNT (Confédération Nationale du Travail) de tradition anarcho-syndicaliste. Durant les années 30, les inégalités s’accroissent en partie à cause de la crise économique de 1929. Des grèves et des mouvements insurrectionnels éclatent notamment en octobre 1934 dans les bassins industriels. Le gouvernement du radical Garcia Lerroux envoie les troupes du général Franco contre les mineurs des Asturies. Les manifestations sont réprimées dans le sang, (environ 2000 morts et 3000. blessés).



La rentrée de la CEDA (droite nationaliste) en 1934 dans le gouvernement ne fait qu’exacerber les tensions. L’ascension de ce parti rappelle en effet à la gauche espagnole celle de Hitler (chancelier depuis le 30 janvier 1933) et du parti Nazi en Allemagne.



Afin de barrer la route aux nationalistes partout en Europe, le 7e congrès du Komintern avance l’idée de vastes alliances allant du centre catholique aux communistes. Ce Front populaire voit le jour en Espagne et gagne les élections législatives le 16 février 1936, grâce notamment au soutient des anarchistes au second tour.



La droite nationaliste n’accepte pourtant pas sa défaite et des groupes fascistes (phalanges, JONS) perpètrent des actes terroristes contre le gouvernement. De plus, Le Front populaire, dont la politique se borne à préserver les institutions républicaines, se révèle incapable de répondre aux attentes populaires et doit faire face à des mouvements de grèves dès mai 1936.



Les incidents se multiplient dans le pays. Après l’assassinat du monarchiste Calvo Sotelo, les généraux de l’armée (Franco, Sanjurjo...) décident de renverser le pouvoir. Le 18 juillet 1936, le Golpe (putsch) débute. Le mouvement prend le contrôle de la Galice, la Vieille Castille, L’Aragon et la Navarre et installe une tête de pont au Sud du pays grâce au débarquement dans cette zone des troupes de Franco en provenance du Maroc. Le soulèvement échoue cependant dans les grandes villes et en particulier devant Madrid où les milices ouvrières et la population livrent une bataille acharnée de plusieurs mois (Novembre 36 - Mars 37).et tiennent en échec les putschistes : le célèbre no pasaran ! (ils ne passeront pas !) est né.



L’Espagne est alors coupée en deux. Dans la zone républicaine, l’autorité centrale s’est effondrée. La réalité du pouvoir est dans la rue au mains de « Comités ouvriers et paysans » qui mettent en œuvre une politique révolutionnaire. Dans les campagnes (Catalogne, Aragon), les terres sont collectivisées et on établit dans certaines zones l’égalité des salaires ou on supprime la monnaie ! A Barcelone, toute l’industrie est collectivisée ainsi que l’énergie, les transports, les communications mais aussi les hôtels, les restaurants et les lieux de spectacle ! Les zones les plus avancées dans le processus révolutionnaire sont celles tenues par les anarchistes de la FAI (Fédération Anarchiste Ibérique) et de la CNT et par les trotskisants du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste).



C’est en fait l’intervention de puissances étrangères qui modifie la donne d’un conflit à l’issue incertaine. La Société Des Nations se montre incapable de défendre le gouvernement légitime espagnol et prône la non-intervention. Mais cet engagement n’est pas respecté par l’Italie le Portugal et l’Allemagne qui soutiennent les putschistes. Le 26 avril 1937 Guernica au Pays Basque devient la première ville détruite par l’aviation d’Hitler et un symbole universel de l’horreur de la guerre sous les pinceaux de Pablo Picasso peu de temps après.



Le camp républicain ne peut compter quant à lui que sur l’aide de Moscou et sur les livraisons d’armes en provenance de la France qui ne s’engage cependant pas officiellement de peur de déclencher un conflit mondial malgré la présence à sa tête du gouvernement de Front populaire de Blum.



L’URSS de Staline envoie massivement du matériel et organise les célèbres Brigades Internationales, corps de volontaires étrangers (où l’on retrouve notamment le futur maréchal Tito et André Malraux) qui intervient sur le front espagnol d’octobre 36 à novembre 38.



Mais l’aide de Moscou a un prix : le poids des communistes devient prépondérant dès l’été 1937 dans le gouvernement de la République. Alors que commence en URSS les grandes purges staliniennes et le premier procès de Moscou, les soviétiques éliminent physiquement les « hitléro-trotskistes » du POUM (dont leur chef Andréas Nin) et pourchassent les dirigeants anarchistes. Le comble de l’absurde est atteint à Barcelone en Mai 1937 quand les communistes prennent par la force le contrôle de la ville à la CNT et au POUM.



Ces affrontements internes empêchent une coordination des troupes républicaines, et facilitent la victoire finale des troupes de Franco (devenu chef des nationalistes) le 1er avril 1939, tout comme le changement de politique diplomatique de Staline à partir de l’été 1938, qui après les accords de Munich, cherche à se rapprocher de l’Allemagne et à sortir du bourbier espagnol.



On dénombre environ 500 000 victimes à la fin de la guerre, sans compter les nombreux réfugiés républicains parqués dans des camps en France dans des conditions insupportables. Beaucoup de ces espagnols combattront le nazisme durant la Seconde Guerre Mondiale.



Franco, grâce au soutien des Etats-Unis durant la Guerre Froide, règne d’une main de fer sur l’Espagne jusqu’à sa mort en 1975. L’Espagne n’a pas encore fait complètement le bilan de cette période sombre de son histoire. L'année dernière, le 1er ministre socialiste Zapatero, petit-fils de fusillé républicain, a proposé une loi visant à réhabiliter les morts de la République espagnole. La virulence de certaines réactions prouve que la Guerre d’Espagne est encore une blessure vive dans l’Histoire de ce pays.


Admin · 73 vues · Laisser un commentaire
27 Aoû 2007